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Le retour au pays d'origine... un nouveau départ?
Pour la plupart des expatriés, la question du retour est toujours là, dès le départ et même avant. Le retour est présent: rêvé, souhaité, mais en même temps appréhendé, redouté. Cette période de retour au pays d’origine suscite beaucoup de questions auxquelles les expatriés ne trouvent pas forcément de réponse immédiate : « Est-ce que je vais me réintégrer professionnellement? Comment cela va-t-il se passer avec ma famille? Comment vais-je me réadapter à la vie en France? »
Le temps du bilan
Le retour au pays d’origine est aussi le moment du bilan de cette expérience. Finalement, qu'est-ce que l’expatriation a apporté à l’expatrié : un enrichissement humain, professionnel, culturel? Des difficultés? Est-ce que cela a répondu aux attentes ? Quels accomplissements ont été réalisés durant cette période ?
C'est le moment où les personnes font généralement le point sur les bénéfices et les difficultés propres à la vie à l'étranger.
Lors de ce bilan, les expatriés évoquent souvent leur réflexion au sujet des motivations de départ qui peuvent être plus faciles à comprendre dans l’après-coup de l’expérience.
Les motivations au départ peuvent être conscientes ou inconscientes. Les différents motifs de départ évoqués (aventure, découverte, rencontre interculturelle…) suggèrent que la vie à l’étranger pourrait proposer des choses que l'on ne trouverait pas ici. Il s'agirait alors de rechercher quelque chose qui nous manque. En psychologie, on parle du désir de tout être humain, qui va occuper une place centrale dans nos choix de vie. C’est le désir qui nous fait avancer, qui est le moteur de nos actions.
Le choc du retour
Le moment du retour est en tous les cas celui de la confrontation avec ce que l'on imagine de la France avec la réalité, impliquant des décalages voire des déceptions ou au contraire des bonnes surprises. On entend souvent les expatriés parler du « choc du retour », pour faire référence à une période de transition, de changement. Le retour d’une période d’expatriation peut être considéré comme un moment de bouleversement personnel, professionnel, dans la vie d’une personne, où tout peut être remanié, changé.
Il y a un avant et un après, lorsque l’on s’expatrie pour une durée plus ou moins longue. Comment va-t-on être capable de faire face, de gérer ce bouleversement interne par rapport aux contraintes extérieures de la réadaptation nécessaire au contexte français ? De quelles manières retrouve-t-on ses proches et ses habitudes de vie après une longue absence dans un contexte de vie si différent que peut l’être un autre pays, une autre culture ?
Chacun dispose de ressources personnelles variées et singulières pour faire face à cette épreuve, à ce changement.
Néanmoins, certaines difficultés psychologiques récurrentes chez les personnes de retour d’expatriation ont pu être identifiées. Une manifestation de mal-être lors du retour au pays d’origine a parfois été évoquée notamment dans la littérature américaine sous l’appellation de « contre-choc culturel » ou « choc culturel inversé », en référence à la notion de choc culturel. Cela renvoie à l’impression d'être un étranger chez soi, dans son propre pays d'origine avec un sentiment accru de décalage important par rapport aux proches, d'incompréhension face à l'environnement, de remise en question des valeurs de la société, des modes de relations entre les gens, des manières de vivre…
Par ailleurs, un sentiment de mal-être est souvent évoqué face au décalage entre le niveau, la qualité de vie à l’étranger et celle que l’on peut connaître en France, avec de moins bonnes conditions financières et un cadre de vie moins attrayant. La baisse du statut social acquis à l’étranger peut également être une source de souffrance, dans le travail ou la vie de tous les jours.
Quelques facteurs influençant l'intensité et la durée du choc du retour:
-La décision: le retour est-il vraiment souhaité? Plus la décision de retour a été réfléchie, choisi, préparé, mieux il se passe.
-Plus il y a des différences entre les culturelles des deux pays, plus la réintégration est longue.
-Plus on est impliqué dans la culture hôte plus il est difficile de la quitter
-Le maintien des liens à distances avec les proches (Internet, téléphone...) facilite la reprise des relations au retour
Changements en soi provoqués par l'expatriation
Les expatriés disent souvent avoir l’impression de voir les choses de leurs pays « avec un œil neuf ». Par exemple, les expatriés intervenant dans l’aide humanitaire disent avoir pris du recul par rapport à certaines pratiques ou réalités de nos sociétés occidentales et de leur fonctionnement, de notre rapport aux événements de la vie (mort, vieillesse...).
L’expérience de vie à l’étranger permet l’acquisition de nouveaux acquis, de nouvelles compétences relationnelles, par le biais de l’apprentissage interculturel, à travers la souplesse mentale et l’adaptation, la tolérance à l'ambiguïté et à l'inconnu qui sont nécessaires.
Le dépassement des préjugés, des stéréotypes, par un décentrage de ses propres positions, de ses références culturelles, personnelles, entraîne des changements en soi.
La confrontation à l'altérité change les personnes : il y a souvent une modification du regard sur sa propre culture, sur la société à laquelle on appartient, ses modes de fonctionnement et ses valeurs, voir sur son propre entourage (comportements....).
Face à l’enrichissement personnel que représente l’expatriation, il est important de savoir valoriser ses acquis pour réussir sa réintégration professionnelle et sociale en France ou dans le pays d’origine.
La réintégration dans le pays d’origine
On parle souvent de réinsertion pour les expatriés de retour dans leur pays, le terme de réintégration prend également sens dans ce contexte. Ce mot vient du latin « reintegrare », rétablir (Petit Larousse). Réintégrer quelqu'un, c'est le rétablir dans un emploi dont il avait été écarté, le réassimiler au groupe. Le processus de réintégration se fait dans le temps, la durée est variable d’une personne à l’autre et dépend de nombreux facteurs (personnels, familiaux, soutien de l’entourage, contexte économique et social…).
Dans la majorité des cas l'ancien expatrié va reprendre sa place à part entière. Toutefois il a changé, il a été transformé par l'expérience d'expatriation et par la confrontation à l'étrangeté, à la différence culturelle. Les autres restés dans l’environnement d’origine devront donc l'accepter avec ces changements de comportement ou de manière de penser.
Le processus entraîné par le retour nécessite d’amorcer un travail de deuil pour arriver à accepter la perte que la fin de l’expérience d’expatriation peut constituer. Il est donc nécessaire de faire le deuil de la vie au pays d’origine telle qu’elle était avant l’expatriation ainsi que de la période de vie à l’étranger. L’enjeu est l'assimilation de l’expérience d’expatriation à la suite du parcours de vie, pour trouver une nouvelle place, un nouveau positionnement nécessaire à la construction d'un nouvel équilibre.
En effet, la nostalgie contourne le deuil du vécu à l’étranger, car on continue de faire vivre les souvenirs, comme pour maintenir l'actualité de l'expérience. Il est souvent difficile de se séparer des lieux et des personnes rencontrées dans un contexte si différent, mais au-delà, il s'agit de la difficulté à laisser cette expérience derrière soi.
Quelques pistes pour faciliter la réintégration ...
-Prévoir une période d'adaptation au retour, se donner le temps
-Construire des projets, ne pas rester dans le « vide », la déconnexion
-Importance de la transmission, du partage de l'expérience à d'autres : bienfaits du témoignage
-Ne pas se définir et se présenter aux autres uniquement par le voyage : c'est une expérience intégrable à la suite du parcours de vie.
Malgré les difficultés vécues au moment du retour, c'est également une opportunité de prendre un nouveau départ, car on ne retrouve pas ce qu'on a connu, mais autre chose.
Il faut inventer une nouvelle manière de vivre et de nouveaux compromis pour trouver un juste équilibre entre ses aspirations et la réalité extérieure.
C’est donc souvent une belle opportunité de prendre un nouveau départ, que l’on décide de rester en France ou de repartir. Le retour implique en tous les cas de relancer le désir : les personnes parlent souvent de « rebondir », en faisant référence à la nécessité de s’inscrire dans de nouveaux projets personnels et/ou professionnels, de développer de nouvelles envies, de nouvelles activités.
Aude Nguyen Adresse du cabinet : 7 rue Descombes 75017 PARIS
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